Marcoville
Le verre autrement
"Comment Marcoville s'y prend-il pour transformer les masses de verre ? Doit-on parler de technique ? Ce serait plutôt une façon de faire, d'appréhender la matière, d'en faire sortir une œuvre. Il n'a pas appris une technique, ni appliqué une méthode déjà expérimentée ; il a tout simplement inventé une manière de faire pour arriver à ses fins. Et comme pour toute transformation, il faut être ingénieux!
Le verre de récupération, souvent un verre industriel, a des aspects et des vertus variés que Marcoville met à profit. Les verres déjà colorés dans la masse ou même travaillés permettent à la lumière de jouer au travers de diverses manières. Le verre de vitrine a l'avantage d'être double, il peut recevoir des coups sans se briser ; les chocs portés forment des étoiles qui deviennent un décor supplémentaire. Il réalise quelques lustres sur le principe du mobile, qui forme ainsi une constellation. Le verre Securit se morcelle sous le choc ; c'est le matériau de choix pour les colonnes, les pyramides, les troncs de ses palmiers, le corps de ses pommes et des arbres tronconiques qui évoquent les buis et les charmilles des jardins à la française. En 1980, il s'est mis à réaliser des pieds de verre à boire, empilement de rondelles de verre de couleur alternant avec du verre blanc.
Après avoir choisi les morceaux qui l'intéressent, il les découpe à la cisaille ou avec une sorte de tronçonneuse. Au départ, le matériel est simple ; ses « outils de prédilection sont les marteaux et les tenailles, outils universels et préhistoriques », puis vient la machine à couper le verre, machine électrique au maniement délicat qu'il aménage et perfectionne au fur et à mesure des besoins. « La machine qui fait tant de bruit, est une machine transformée pour recevoir un jet d'eau. C'est un instrument que j'ai modifié moi-même et que je ne conseillerais à personne » tant il est dangereux !
Il débite ainsi des milliers de morceaux de verre blanc ou multicolore et les assemble ensuite avec une colle à froid dont l'utilisation est complexe. La colle employée est souple pour les œuvres de grand format et plus dure pour les petites pièces. Il pourrait coller à chaud, mais cela implique un four, ce qui le limiterait dans les dimensions ; la simple idée de cette limitation de la taille des œuvres l’empêche d'y recourir. Le verre est aussi peint selon l'inspiration et le rendu voulu.
Dans cette opération, la technique aussi a son importance. Pour que la peinture tienne, il sable les morceaux de verre au préalable et parfois les grave. Ensuite, il les enduit de couleurs puis les frotte, créant ainsi des zones d’effacement.
Comme cet exercice dégage beaucoup de poussière et des cristaux de silice dangereux pour les yeux et les poumons, il s'équipe d'une sorte de scaphandrier protégeant le visage et les oreilles. C'est d'ailleurs ainsi que l'orfèvre et sculpteur Goudji travaille les pierres et le métal !
Extrait du texte de Bernard Berthod, Marcoville "Faire du beau avec presque rien", 2025 »